Le dugong est un grand mammifère marin herbivore qui vit dans les eaux côtières chaudes de l’Indo-Pacifique. Il broute les herbiers marins, se reproduit très lentement et figure parmi les espèces les plus vulnérables de nos océans. Voici ce qu’il faut savoir sur cet animal discret, souvent méconnu, pourtant fascinant :
- Son nom vient du malais duyung, qui signifie « dame de la mer »
- Il appartient à l’ordre des siréniens, comme le lamantin
- Il joue un rôle écologique majeur dans l’équilibre des fonds marins
- À Mayotte, il ne resterait plus que moins de 10 individus
- Il a inspiré des légendes de sirènes dans de nombreuses cultures maritimes
Parcourons ensemble ce portrait complet du dugong, de sa biologie à sa protection.
Qu’est-ce qu’un dugong ?
Le dugong (Dugong dugon) est le seul représentant vivant de la famille des Dugongidés. Il appartient à l’ordre des siréniens, avec les lamantins. Ce mammifère marin herbivore vit exclusivement en mer, jamais en eau douce. Il passe l’essentiel de sa vie à brouter les fonds marins côtiers. Son mode de vie calme et sa dépendance aux herbiers marins le rendent particulièrement vulnérable aux perturbations humaines. On l’appelle parfois la « vache de mer » en raison de son comportement paisible de brouteur.
À quoi ressemble un dugong ?
Le dugong adulte mesure entre 2,5 m et 4 m et pèse entre 250 kg et 450 kg selon les individus. Le nouveau-né mesure environ 1,2 m pour un poids d’environ 30 kg. Son corps est massif, fusiforme, parfaitement adapté à la nage lente en eaux peu profondes. Sa tête arrondie porte un museau retroussé, idéal pour arracher les plantes marines. Sa queue en forme de triangle le distingue nettement du lamantin, dont la queue est arrondie. Il ne possède pas d’aileron dorsal, ce qui le différencie facilement d’un dauphin.
Où vit le dugong dans le monde ?
Le dugong occupe une vaste aire de répartition, mais toujours dans des zones côtières chaudes. On le trouve de l’Afrique de l’Est jusqu’au Vanuatu, en passant par le golfe Persique, la mer Rouge et l’Australie.
| Zone géographique | Population estimée |
|---|---|
| Australie | Plus de 70 000 individus |
| Golfe Persique | Environ 6 000 individus |
| Mer Rouge | Environ 2 000 individus |
| Nouvelle-Calédonie | 700 à 800 individus |
| Mayotte | Moins de 10 individus |
Il préfère les lagons, les baies abritées et les chenaux de mangrove. Sa présence est directement liée à la densité des herbiers marins. Des études récentes suggèrent qu’il peut parfois traverser des espaces de pleine mer pour rejoindre d’autres zones d’alimentation.
Que mange le dugong ?
Le dugong est un herbivore strict. Il se nourrit quasi exclusivement d’herbes marines qu’il broute au fond de l’eau. Sa consommation journalière varie selon les sources entre 20 et 40 kg de végétaux marins. Son museau retroussé lui permet de racler les plantes à la racine avec efficacité. Il joue ainsi un rôle de véritable « jardinier des mers » : en broutant régulièrement, il stimule la repousse des herbiers et maintient leur diversité. Sa survie dépend entièrement de la qualité et de l’étendue de ces herbiers. Si ceux-ci disparaissent, le dugong perd sa ressource alimentaire.
Comment vit le dugong au quotidien ?
Le dugong mène une vie solitaire et discrète. On l’observe le plus souvent seul ou accompagné d’un petit. Les regroupements de trois individus ou plus restent rares. Il passe ses journées à pâturer lentement sur les fonds sableux peu profonds. Il remonte régulièrement en surface pour respirer, comme tout mammifère marin. Son mode de vie tranquille et côtier le rend très exposé aux activités humaines : trafic maritime, filets de pêche, pollution. Il ne fuit pas facilement, ce qui augmente encore sa vulnérabilité face aux bateaux et aux engins de pêche.
Comment le dugong se reproduit-il ?
La reproduction du dugong est remarquablement lente. La maturité sexuelle n’est atteinte qu’entre 9 et 10 ans. La gestation dure environ 12 à 13 mois. La femelle donne naissance à un seul petit à la fois. Elle n’a un petit que tous les 3 à 7 ans. Le jeune est allaité pendant environ 18 mois. Au total, une femelle n’aura en général que 5 à 6 petits dans toute sa vie. Cette reproduction lente signifie que la perte d’un adulte reproducteur est très difficile à compenser. La moindre pression sur la population peut donc avoir des conséquences durables.
Combien de temps vit un dugong ?
Le dugong peut vivre 50 à 70 ans. C’est une espèce à longue durée de vie, mais à renouvellement très lent. Sa longévité ne compense pas sa faible capacité de reproduction. Un dugong tué avant d’avoir atteint sa maturité représente une perte considérable pour la population. C’est notamment ce qui rend la situation à Mayotte si critique : avec moins de 10 individus, chaque mort pèse énormément sur l’avenir de la population locale.
Le dugong est-il menacé ?
L’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) classe le dugong comme espèce vulnérable à l’échelle mondiale. En Nouvelle-Calédonie, il est classé en danger. Il figure à l’annexe I de la CITES, ce qui interdit son commerce international. Les menaces qui pèsent sur lui sont multiples :
- Braconnage et chasse : longtemps chassé pour sa viande, il reste victime du braconnage. À Mayotte, un individu a été tué par un braconnier en 2015, malgré une protection légale en vigueur depuis près de 20 ans
- Captures accidentelles : les filets de pêche représentent un danger majeur. Un dugong pris dans un filet meurt par étouffement
- Collisions avec des bateaux : il vit dans des zones très fréquentées par les embarcations. Les chocs peuvent être mortels
- Dégradation des herbiers : pollution, aménagements côtiers et réchauffement climatique fragilisent directement sa source de nourriture
- Dérangement humain : le bruit et la présence humaine perturbent ses zones de vie et d’alimentation
Pourquoi le dugong est-il important pour les herbiers marins ?
Le dugong entretient les herbiers marins par son broutage régulier. En arrachant les racines, il stimule la repousse et favorise la diversité végétale sous-marine. Ces herbiers sont eux-mêmes des écosystèmes essentiels : ils abritent des centaines d’espèces marines, stockent du carbone et protègent les côtes. Le dugong agit comme un indicateur de la santé des milieux côtiers. Sa disparition signale presque toujours une dégradation profonde de l’écosystème marin. Protéger le dugong, c’est donc protéger bien plus que lui seul.
Dugong à Mayotte : une population très fragile
La population de dugongs à Mayotte est l’une des plus menacées au monde. Avant les années 1970, les dugongs étaient encore présents en nombre autour de l’île. La chasse intensive a provoqué un effondrement brutal de la population. Il resterait aujourd’hui moins de 10 individus. Malgré tout, des observations de mères accompagnées de leur petit ont été rapportées depuis 2002, signe qu’une reproduction locale subsiste encore. Le dugong est aussi lié à une légende mahoraise : selon la tradition, un frère et une sœur ayant eu une relation interdite auraient été transformés en dugongs par Dieu. Cette valeur culturelle forte n’a malheureusement pas empêché le braconnage. Des échanges entre dugongs de Mayotte et ceux des pays voisins restent possibles et pourraient jouer un rôle dans la survie de cette population.
Une erreur courante à éviter quand on parle du dugong
Beaucoup confondent le dugong avec le lamantin. Ces deux animaux appartiennent bien aux siréniens, mais ils se distinguent facilement. La queue du dugong est en forme de triangle, comme celle d’une baleine. Celle du lamantin est arrondie comme une pagaie. Le dugong ne vit qu’en mer, jamais en eau douce ni en eau saumâtre. Le lamantin, lui, fréquente aussi les fleuves et les estuaires. Une autre confusion fréquente concerne la queue du dugong avec celle d’un dauphin. L’absence d’aileron dorsal chez le dugong permet de le distinguer clairement.
Comment protéger le dugong efficacement ?
La protection du dugong demande une action coordonnée sur plusieurs fronts. Le WWF mène des actions en Nouvelle-Calédonie, aux Philippines — où il a contribué à créer le premier sanctuaire dédié au dugong — et en Australie, où il soutient le rachat de licences de pêche pour réduire la pêche fantôme. Voici les leviers d’action les plus efficaces :
- Protéger et restaurer les herbiers marins
- Réduire la pollution des zones côtières
- Imposer des zones de navigation lente près des habitats connus
- Surveiller et adapter les pratiques de pêche pour limiter les captures accidentelles
- Renforcer la lutte contre le braconnage
- Sensibiliser les pêcheurs, habitants et touristes à la présence du dugong
- Financer des programmes de suivi scientifique pour mieux connaître les déplacements et la reproduction
À retenir
- Le dugong est un mammifère marin herbivore qui consomme entre 20 et 40 kg d’herbes marines par jour
- Il se reproduit très lentement : un petit tous les 3 à 7 ans, maturité sexuelle à 9-10 ans
- Il est classé vulnérable par l’UICN et protégé par la CITES (annexe I)
- À Mayotte, il reste moins de 10 individus, victimes de chasse, braconnage et dégradation de l’habitat
- Protéger le dugong, c’est aussi protéger les herbiers marins et l’ensemble des écosystèmes côtiers




